« Le manager malgré lui » : quand Molière éclaire la bêtise organisationnelle

Illustration de Pierre Brissart pour une édition de 1682 du Médecin malgré luiWikimedia commons

Dans un essai intitulé « The stupidity paradox », les professeurs Mats Alvesson et André Spicer mettent en garde les managers des institutions bureaucratiques qui ne laissent aucune place à l’expression de l’intelligence humaine. À cet égard, ils parlent d’un phénomène de « stupidité fonctionnelle ». Au cœur de leur paradoxe, ils dénoncent l’affectation des salariés les plus compétents aux tâches les plus stupides.

Le plus édifiant dans l’ouvrage d’Alvesson et Spicer, c’est la manière dont ils démontrent l’attrait suscité par cette stupidité fonctionnelle sur le court terme. En effet, l’absence de remise en question et la conservation de structures processuelles séculaires assurent une certaine stabilité et des économies de moyens conséquentes. Cependant, lorsqu’elle est pensée sur le long terme, la stupidité fonctionnelle devient dévastatrice. Elle est marquée par l’imitation de la concurrence et la poursuite d’objectifs spécieux. Cette stupidité pérenne devient alors la plus pure illustration de la bêtise.La paradoxe de la stupidité (Ghislain Deslandes, 2017).

La littérature comme réservoir de motifs

Quatre siècles avant Alvesson et Spicer, Molière s’intéressait lui aussi à la bêtise, mais dans un tout autre contexte que celui des organisations. En observateur acerbe de la société de son temps, Molière a mis en scène la plupart des travers humains : l’avarice, l’hypocrisie, l’infidélité et surtout la bêtise. Dans Le médecin malgré lui, le dramaturge français nous offre une caricature sans concession des médecins du Grand Siècle. Dès lors, l’écriture satirique du dramaturge apparaît essentielle pour mieux comprendre les rouages subtils de la bêtise humaine.

Et si finalement Molière devenait un auteur tout aussi incontournable qu’Alvesson et Spicer pour penser la bêtise dans les organisations ? Il s’agirait alors de considérer la littérature comme un réservoir de motifs dans lequel on viendrait puiser des éléments de réflexion pour mieux comprendre ce qui se joue dans les organisations.

Cette invitation à un dialogue entre les deux champs disciplinaires a notamment été initiée par l’économiste et professeur émérite à Stanford, James Gardner March. En effet, ce professeur a marqué des générations d’étudiants en délaissant les classiques « études de cas » pour travailler à partir d’œuvres littéraires comme « Guerre et Paix » ou « Don Quichotte ».

Dans l’ouvrage collectif Littérature et management paru en 2018, les professeurs Fabien de Geuser et Alain Max Guénette saluent eux aussi les potentialités offertes par la littérature pour enrichir les modèles gestionnaires. Dès lors, littérature et sciences de gestion ne doivent pas être envisagées comme deux champs hermétiques mais bien comme deux domaines qui s’interpénètrent mutuellement.

Les deux formes de la bêtise

On distingue traditionnellement deux formes de bêtise. Il y a tout d’abord une bêtise première, une bêtise essentielle qui est l’apanage de l’inculte, de l’ignorant et de l’incompétent. Elle résulte de l’absence d’études approfondies ou d’un manque de compétences techniques. Même si elle peut se révéler dangereuse, cette première forme de bêtise est curable grâce à l’injection soutenue des connaissances qui font défaut.

Cependant, s’il suffisait d’être intelligent pour ne pas être bête, autrement dit si la bêtise n’était qu’une affaire d’inculture ou d’ignorance alors l’espoir serait permis. Malheureusement, les choses ne sont pas si simples.

Loin d’endiguer la bêtise, l’intelligence peut avoir pour effet de donner à l’imbécile la conviction littéralement confortable que la bêtise ne le concerne pas. C’est ce que le philosophe Clément Rosset appelle la « bêtise du second degré », c’est une bêtise intelligente mais foncièrement incurable puisque l’imbécile croit qu’il est déjà sauvé. L’homme bête brandit alors sa culture comme un parafoudre oubliant par là même qu’il suffit de croire qu’on échappe à la bêtise pour tomber dedans.

Dans ces conditions, la bêtise n’épargne personne, c’est une menace incessante et cette menace, l’imbécile y succombe d’autant plus aisément qu’il se croit à l’abri. Dès lors, cette bêtise du second degré n’est pas tant une affaire de contenu qu’une affaire de forme. La bêtise n’est pas du tout comme on le croit habituellement une chute ou une rechute dans l’animalité ou dans l’anormalité, elle n’est pas irrationnelle, c’est au contraire l’affirmation d’une raison suffisante, d’une raison outrecuidante, imbue d’elle-même et qui se réclame des grands principes de la logique.

Quand le costume ne fait pas le manager

Il faut ici rappeler que dans les « entreprises, le management fait souvent partie des propositions d’évolution ». On serait ici tenté de pasticher Simone de Beauvoir, dans Le deuxième sexe en affirmant qu’« on ne naît pas manager, on le devient ».

Il suffirait alors de quelques cours reçus en MBA ou de quelques séminaires de coaching pour faire du salarié lambda un encadrant crédible. Si le costume ne fait pas le manager, le titre fonctionne encore moins comme un énoncé performatif. Il ne suffit pas de décréter un salarié manager pour qu’il le devienne effectivement. L’ancienneté et quelques conseils reçus sur le tas ne permettront pas nécessairement de faire d’un bon technicien un manager digne de ce nom.

C’est là où Molière nous donne de précieuses leçons avec sa pièce « Le Médecin malgré lui ». En effet, on y découvre le personnage drolatique de Sganarelle, un bûcheron et ivrogne notoire converti en médecin pour échapper aux coups de bâton. En enfilant les vêtements des médecins du XVIIe siècle, Sganarelle multiplie les ruses et prend sa nouvelle fonction très au sérieux. Tout au long de la pièce, il s’ingénie à dispenser de véritables consultations. Si on suit le sens littéral du texte, l’attitude de Sganarelle déguisé en faux médecin relève avant tout d’une bêtise du premier degré, c’est-à-dire de l’incurie de celui qui ne sait pas vraiment ce qu’il fait.

« Le malade imaginaire » (Honoré Daumier, autour de 1860). Wikimedia

Tout comme on ne s’improvise pas médecin, on ne s’improvise pas manager non plus. La négociation, l’intelligence relationnelle ou encore le leadership sont des qualités essentielles qui oscillent entre innéité et acquisition. On peut aisément transposer le ridicule provoqué par l’imposture de Sganarelle à certaines situations managériales. Le nouveau manager se retrouve alors parachuté du jour au lendemain dans un rôle qui n’est pas le sien par un simple mécanisme de promotion. Il devient manager malgré lui.

Le cas du « sale con »

Le « sale con » ou « asshole » pour reprendre le terme du professeur Robert Sutton que l’on peut rencontrer dans les organisations est l’archétype de ce que Rosset appelle la bêtise du second degré. Tel Moïse sauvé des eaux, le « sale con » pense échapper à la bêtise en brandissant un pseudo-vernis managérial en guise de paratonnerre.

Malgré le caractère frivole de la sémantique utilisée par Sutton, le sujet est très sérieux voire même capital pour les organisations. Pour ce théoricien du management, il apparaît indispensable d’analyser le comportement des individus pour en comprendre les conséquences organisationnelles. Sutton établit notamment une distinction entre le « sale con occasionnel » et le « sale con certifié ». Le premier a pu se laisser aller ponctuellement à un comportement déplacé tandis que le second use en permanence d’une attitude toxique envers ses subordonnés. Même si le premier doit faire l’objet d’une surveillance, le second représente un véritable danger pour les organisations.

Chez Molière, il faut se hisser au-delà du discours de Sganarelle et des protagonistes pour comprendre la portée globale de la pièce. Il s’agit alors de dépasser la lettre du texte à proprement parler pour en comprendre l’esprit. Dans « le Médecin malgré lui », Molière nous propose plus largement une satire de la médecine de son temps qui reste encore valable de nos jours.Acte II, scène 4 du Médecin malgré lui : Sganarelle « ausculte » Lucinde (Théâtre Hatier, 2015).

Le jargon pédantesque employé par Sganarelle est un moyen efficace pour élaborer une critique acerbe des théories et des pratiques médicales en vigueur. Si le cas particulier de Sganarelle relève davantage d’une bêtise du premier degré en raison de son inculture scientifique, le cas plus général des médecins est la parfaite illustration d’une bêtise du second degré. Molière fustige ici le mythe du médecin thaumaturge capable d’accomplir des miracles. En réalité, le praticien ne fait que reprendre les dires des Anciens, sans les contrôler par l’expérience. L’honneur est sauf tant que la théorie est respectée.

Le recours systématique aux sentences latines est aussi une des caractéristiques de l’art médical de l’époque. Que personne n’y comprenne rien importe peu, l’essentiel pour le médecin, c’est de se comprendre lui-même. Une telle attitude est le symptôme aigu d’une autosuffisance identitaire qui refuse de s’ouvrir à autrui, de dialoguer et d’argumenter. Dès lors, Molière s’inscrit dans la longue tradition littéraire de la satire des médecins. On les moque, on rit d’eux pour dénoncer leur inefficacité ainsi que leur vanité et leur insupportable superbe. Le « sale con » évoqué par Sutton est ici esquissé en filigrane.

« Vouloir conclure »

Difficile de trouver le mot de la fin sur un tel sujet. En effet, Flaubert rappelle dans sa « Correspondance » que : « la bêtise consiste à vouloir conclure ». C’est la volonté qui est importante ici. En effet, toute conclusion n’est pas bête. C’est la volonté de conclure, c’est-à-dire d’avoir le dernier mot, le mot de la fin qui relève d’une bêtise profonde. Risquons-nous malgré tout à quelques mots de conclusion. En mettant en scène un bûcheron grossier devenu médecin, Molière nous invite plus que jamais à débusquer les imposteurs et autres charlatans qui peuplent nos existences.

Pour le philosophe Alain Roger, nul doute que la bêtise absolue résulte d’un ego surdimensionné et d’une confiance en soi inébranlable. Autosuffisance, pédanterie et sentiment insulaire, tels sont les signes de celui qui se prend pour l’unique but de ses actions. En somme, qu’il s’agisse des médecins ou des managers, tous feraient mieux d’admettre qu’ils ne sont pas omniscients, ils en seraient bien plus respectables.


Article rédigé sous la supervision de Ghislain Deslandes, philosophe et professeur à ESCP Business School.

Cheveux longs et algos courts.

1966. Un chanteur aux cheveux longs, Antoine, explique que sa mère lui a dit d’aller les faire couper. Lui veut mettre Johnny en cage à Medrano. Le Johnny en question, lui répond en enregistrant « Cheveux longs et idées courtes ».    2019. Instagram efface les photos de petits garçons torse nu au motif qu’ils ont les cheveux longs. Et que l’algorithme les identifie donc comme des petites filles. Et que des petites filles torse nu sur Instagram c’est interdit. Rapport à l’interdiction de montrer un téton féminin. Sur Instagram, sur Facebook, sur TumblR, bref, partout.    Il y a une encyclopédie en 9 volumes à écrire sur l’histoire de la pilosité sur les internets et la manière dont elle façonne notre rapport au corps au travers des interdits mis en place dans le grand filtre de la pudibonderie que l’on désigne communément sous le nom de réseaux sociaux et dont Instagram est la métonymie parfaite. Sur l’histoire des poils tout court (enfin de la pilosité, pas l’histoire des poils courts), vous avez déjà la remarquable série « Poilorama » d’Arte, et la certes plus aride mais non moins remarquable et beaucoup plus exhaustive « Hair Studies » bibliographie de Jean Da Silva, sous-titrée « Pour une historiographie de la pilosité. » Du côté des internets donc, si tu es une femme, la vie est globalement un long fleuve pas si tranquille que ça mais à condition que tu sois épilée. Parce que sur les internets comme ailleurs, épilation féminine et domination masculine sont les deux faces d’une même médaille. Fleuve pas si tranquille secoué de réguliers affluents polémiques ou militants, émancipateurs ou castrateurs, mais toujours in fine humainement arbitrés et algorithmiquement exécutés dans le sens du poil, qui est aussi celui de la norme sociale dominante dans les meetings du tea-party américain avec la double axiomatique suivante : « Sois prude et tais-toi » et « Sois glabre et l’on te verra. »    Entre reconnaissance assumée de l’hirsutisme (qui touche 6 à 10% des femmes), tentative de banalisation (body-positivisme) des poils sous les bras présentée comme une « nouvelle mode » dès 2015 sur Instagram, et le désormais presqu’institutionnel défi du #Januhairy consistant – pour les femmes toujours – à cesser de s’épiler en Janvier, la pilosité des corps féminins occupe une place tout à fait à part dans la capacité prescriptive et dans la tolérance normative des réseaux sociaux. Et maintenant voici donc que la longueur des cheveux s’en mêle et s’emmêle puisqu’Instagram efface les photos de petits garçons torse nu au motif qu’ils ont les cheveux longs et que l’algorithme les identifie comme des petites filles. Et que des petites filles torse nu sur Instagram c’est interdit. Rapport à l’interdiction de montrer un téton féminin.  Comme je l’écrivais au début de cet article. Mais revenons un instant sur le saut temporel qui nous mena de la longueur de cheveux des beatniks de 1966 (dont notre Antoine) à celle des petits garçons d’Instagra

Source : Cheveux longs et algos courts.

COMMUNIQUE SUR LA NEGOCIATION ELSEVIER

 Communiqué Couperin.org du 11 juin 2019

Le consortium Couperin.org, après avoir consulté son conseil d’administration, a signifié  le 11 avril 2019 à l’éditeur Elsevier son accord de principe pour une licence nationale 2019-2022 couvrant plusieurs ressources : les revues de la Freedom complete collection , la Bibliothèque médicale française , les revues Cell Press  et un certain nombre de revues souscrites en titre-à-titre par quelques établissements. Le contenu de ce courrier a été communiqué à l’ensemble des établissements membres du consortium. Il a par ailleurs été rendu public sur un blog, à l’encontre des principes de la charte de l’adhérent de Couperin.org.

 Une lettre d’accord constitue une étape  intermédiaire de la négociation et n’a pas vocation à être publiée car provisoire : la négociation se poursuit par la rédaction d’un protocole d’accord qui précise  et peut faire évoluer les éléments de la proposition. Le protocole, signé par les différentes parties (Couperin.org, l’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur (ABES), qui portera le marché de licence nationale, et l’éditeur ), donnera lieu à un marché négocié reposant sur un groupement de commandes qui engagera juridiquement l’ABES et les établissements.

 Le contenu de la lettre d’accord ayant été rendu public, nous considérons utile d’apporter  des éléments de contextualisation et d’explication que l a lettre n’intègre pas de façon détaillée. Cette publication a entraîné l’expression publique d’ observations critiques, nous souhaitons y apporter des réponses.

ELABORATION DES OBJECTIFS DE LA NEGOCIATION ET MANDAT AUX NEGOCIATEURS

Les différentes orientations possibles pour la négociation ont été présentées en assemblée générale et communiquées aux membres en novembre 2017 ; une enquête a permis de recueillir le positionnement des établissements sur les différentes orientations et sur les priorités de négociation. Plusieurs points faisaient l’objet d’un consensus quasi général  : souhait de renouveler une négociation collective pour l’ensemble des établissements en maintenant les acquis des précédents accords, nécessité absolue de faire baisser le coût d’achat des ressources, volonté de ne pas avoir d’accord  si ces principaux objectifs n’étaient pas atteints.

La dimension open access  constituait une question à intégrer fortement à la négociation. Plusieurs options étaient possibles pour intégrer cette dimension dont celle d’adopter une négociation accord transformant  (voir encadré). Lors de l’enquête, la position d es établissements français est apparue très partagée entre les universités majoritairement favorables à ce type d’accord et les organismes de recherche, majoritairement défavorables.

Un groupe de travail, émanation du Conseil d’administration du consortium, a  étudié différents scenarios et proposé une stratégie de négociation consensuelle.

Accords transformants ou « Publish and Read »

 Les accords transformants constituent un nouveau paradigme de négociation développé en Europe et récemment adopté par plusieurs pays d’Asie et certaines universités d’Amérique du Nord . Ce modèle vise à basculer le budget des abonnements vers un modèle de financement de la publication en amont, pour que les articles soient publiés nativement enopen access , accessibles immédiatement à tous dans le monde entier. Ce type d’accord s’inscrit dans le cadre de l’initiative OA2020, qui vise à engager un processus général de transformation de l’édition scientifique vers un modèle totalement ouvert et, à terme, moins onéreux que le système actuel. Aucun accord sur la base de ce nouveau modèle n’avait pu être signé jusqu’à récemment avec l’éditeur Elsevier. La négociation allemande s’est soldée par un échec des négociations avec une coupure des accès en juillet 2018. Depuis, un premier accord transformant a été signé avec Elsevier par le consortium norvégien UNIT.

Les objectifs de la négociation ont été définis en juillet 2018 et adoptés par le CA.

Ces objectifs étaient, outre la dimension tarifaire et l’élargissement du  périmètre des contenus à d’ autres ressources importantes de l’éditeur , l’adoption d’un volet «  Open Access » d’une double nature  :

  intégrer dans la négociation un dispositif permettant l’alimentation d es archives ouvertes en manuscrits auteurs acceptés le plus rapidement possible après la publication (volet vert)

  encadrer les dépenses d’APC dans les revues hybrides et open access  en obtenant une remise sur leur tarif

Ces objectifs ont été communiqués à l’ensemble des établissements par courriel le 18 septembre 2018.  A cette étape du processus, aucune remarque négative des établissements n’a été communiquée à Couperin.

 Le contexte général en France et en Europe a fortement évolué en parallèle de la négociation. Plusieurs événements peuvent être cités : en France la publication du plan national pour la science ouverte, en Europe l’adoption d’une nouvelle politique des financeurs de la recherche avec le Plan S. Cette évolution a facilité une meilleure prise de conscience par les gouvernances des établissements de l’importance des enjeux  de la communication scientifique et des relations avec les éditeurs scientifiques.

RESULTATS DE LA NEGOCIATION

Les acquis de la négociation, basée sur un modèle d’abonnement classique,  sont substantiels au regard de ce que d’autres consortium s ont obtenu dans le monde. Les négociateurs ont bien conscience que les résultats peuvent ne pas répondre entièrement aux souhaits de l’ensemble des établissements et des communautés scientifiques, au demeurant d’avis parfois divergents

Cependant, l’obtention d’un accord résulte toujours d’un consensus entre les deux parties. Le principe même d’une négociation est d’ aller le plus loin possible et d’évaluer ce que l’autre partie peut céder pour enrichir les acquis. Dans cette négociation, l’enrichissement a porté, par exemple, sur l’acquisition des contenus  2002-2012 pour la plateforme ISTEX.

A chaque étape essentielle de la négociation, un bilan a été communiqué à l’ensemble des établissements . Le conseil d’administration ainsi que le Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation  ont été les instances de décision.

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TARIFS : UNE BAISSE CONTINUE AU COURS DE L’ ACCORD

 Concernant la dimension tarifaire, l’accord se traduit par une baisse continue aboutissant à une baisse de 13,3 1% au terme de l’accord. Le premier groupement de commandes avec Elsevier date de 2001, après 12 années d’augmentation des tarifs, la première licence nationale 2014-2018 a permis d’obtenir une stabilité des tarifs sur 5 ans, le nouvel accord permet d’engager la décroissance des coûts. Cet accord permet de revenir aux tarifs de l’année 2009 en 2022 avec des contenus et des droits plus étendus.

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UNE OFFRE DOCUMENTAIRE ELARGIE, VALEUR INESTIMABLE POUR LA COMMUNAUTE MEDICALE

L’accord  porte sur un portefeuille de ressources étendu aux revues de la Bibliothèque médicale française  qui seront accessibles à tous, et aux revues de la collection Cell Press  accessibles aux abonnés spécifiques. Jusqu’alors ces ressources faisaient l’objet d’abonnements supplémentaires à des ta rifs augmentés chaque année (4 à 4.5%).

La ressource ainsi constituée est d’un intérêt de tout premier ordre pour la communauté médicale  : les centres hospitaliers de tout le territoire pourront accéder à un ensemble considérable de revues de recherche et de clinique et seront en mesure de proposer à leurs praticiens une offre documentaire comparable à celle des universités de recherche, et pour un coût diminué.

Une telle mesure est d’une valeur incomparable pour tous les centres hospitaliers situés en dehors des villes universitaires, pour leurs praticiens et pour leurs patients.

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UN ACCORD COUVRANT L’ESR FRANÇAIS

Le périmètre de l’accord est une licence nationale, ce dispositif a permis d epuis 2014 d’offrir un accès très large permettant de couvrir pratiquement l’intégralité des établissements ayant une mission d’enseignement supérieur ou de recherche ainsi que de nombreux établissements hospitaliers. Nous avons pleinement envisagé la possibilité d’ajustement s marginaux en sortie ainsi que la possibilité d’entrée de nouveaux membres tout au long de l’accord  ; néanmoins, l’intérêt de l’accord est aussi de garantir une couverture d’envergure nationale, d’autant plus que l’accord porte sur une acquisition définitive des contenus.

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DUREE ET ENCADREMENT

L’accord  est de 4 ans, alors que le mandat prévoyait un accord de 3 ans : il s’agit d’une concession faite pour obtenir de meilleures conditions. Tout un ensemble de clauses d’encadrement permet de prendre en compte , en grande partie, les évolutions susceptibles de survenir dans les prochaines années dans le paysage de l’édition scientifique mondiale .

Afin de garantir que les contenus acquis, les plus pertinents et utiles pour les communautés de recherche soient stables, une sélection de 1000 titres essentiels, dits titres phares, a été opérée. Tout au long du contrat le volume annuel d’articles sous abonnement dans les revues phares doit être au minimum stable. En cas de fort développement des publications en open access dans les revues hybrides d’Elsevier ou en cas  de scission de revues entrainant une baisse des articles publiés uniquement sous abonnement, un système de pénalités financières est déclenché et calculé sur les trois premières années du contrat.

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VOLET GOLD OPEN ACCESS : REMISE DE 25 % SUR LE COUT PUBLIC DES APC

 Les points négociés portent sur le tarif des APC et leur évolution, le pilotage de la dépense en APC par les établissements et la prise en compte des effets du développement de la publication en open access  dans les revues hybrides diffusées par l’éditeur.

 La remise sur le tarif public des APC des revues hybrides et full open access , à l’exception d’un certain nombre de titres , est de 25%. Cette remise s’applique pour tous les articles dont les APC ont été payés par une institution membre de l’accord avec effet au 1er  janvier 2019. Une clause compensatoire en cas d’augmentation du tarif public des APC au -delàde 3,5% est instaurée. Le tarif des APC n’est pas bloqué, il est encadré.

La mise en place d’un tableau de bord par établissement et d’un tabl eau de bord national pour suivre les demandes de financement des publications permettra aux institutions de connaître et de piloter leur dépense. Chaque établissement désignera un référent qui validera les demandes des auteurs qui soumissionnent pour une publication en OA avec paiement d’APC  à tarif remisé.

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VOLET GREEN OPEN ACCESS

Les points négociés dans le cadre de l’accord visent à permettre un signalement exhaustif de la production  scientifique française dans les revues d’Elsevier via l’accès aux manusc rits auteur acceptés (MAA). La démarche peut paraître originale par rapport à l’approche d es pays engagés ou qui s’engagent  dans des accords transformants. Elle correspond à une stratégie de promotion de l’open access  au travers des archives ouvertes, politique soutenue également dans d’autres pays d’Europe

 Le dispositif négocié permet de récupérer les « manuscrits auteur acceptés » (MAA) des articles des auteurs correspondants français auprès de l’éditeur . Il n’a pas vocation à se substituer au dépôt par l’auteur, qui dispose d’un droit d’exploitation secondaire sur ses écrits scientifiques depuis la promulgation de la Loi pour une République numérique, et peut à ce titre continuer à déposer son manuscrit auteur.

Le dispositif devrait garantir une complétude des archives institutionnelles au terme des 24 mois.

Le dispositif mis en place revêt un caractère expérimental et reste optionnel, son activation relève du choix de chaque institution, permettant ainsi à chacun de ne pas être en porte à faux avec la politique de développement de l’archive ouverte institutionnelle menée localement. Ce dispositif est un pilote expérimental tout au long du présent accord et fera l’objet d’une évaluation continue.

Les quelques critiques qui ont été formulées sur l’accord  portent sur la phase intermédiaire qui débute 12 mois après la publication, à cette date les manuscrits auteurs seront accessibles sur une plateforme de visualisation d’Elsevier . Nous travaillons avec l’éditeur pour que la plateforme HAL et cette plateforme de visualisation ne soient liées que par des liens hypertexte ou de résolution, préservant l’intégrité complète de chaque plateforme, comme cela est  déjà le cas lorsque qu’une notice de HAL pointe vers la version éditeur d’un article  sur la plateforme de ce dernier via le DOI.

La question des licences d’usage associées aux différentes ressources  : métadonnées, manuscrits sur le site Elsevier et manuscrits dans HAL fait l’objet de discussions et d’approfondissements . Nous privilégions des licences les plus ouvertes possibles dès lors que les contenus sont dans des plateformes publiques, et dans tous les cas des licences standard comme les licences Creative Commons. Sur ces points, l’éditeur fait preuve d’ouverture pour répondre au mieux à nos attentes, tout en ayant la volonté de se protéger d’autres acteurs économiques  tels que Researchgate .

L’objectif du volet vert est bien de diffuser tous les manuscrits dans les archives ouvertes au plus tard 24 mois après la publication, de pouvoir les lire et d’accéder  aux contenus des articles dès 12 mois sur la plateforme de visualisation et de disposer des métadonnées de signalement dès publication.

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AUTRES ACQUIS

 L’accord, avec son volet d’enrichissement du corpus ISTEX permet d’actualiser la collection des revues d’Elsevier déjà présentes dans la plateforme.

Enfin, les acquis du précédent contrat sont maintenus : il s’agit notamment du droit d’archivage des contenus, des collections papier à des fins de conservation, de la possibilité de faire du TDM sur les contenus.

Paris, le 11 juin 2019,

Contacts :

 Lise Dumasy, présidente de Couperin.org

lise.dumasy@univ-grenoble-alpes.fr

 Grégory Colcanap, coordonnateur de Couperin.org

gregory.colcanap@univ-evry.fr