Pourquoi et comment le consortium Couperin s’est-il couché devant Elsevier ?

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Pourquoi et comment le consortium Couperin s’est-il couché devant Elsevier ?

Et en 2014, nous avions déjà une polémique… Eternel recommencement !

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COMMUNIQUE SUR LA NEGOCIATION ELSEVIER

 Communiqué Couperin.org du 11 juin 2019

Le consortium Couperin.org, après avoir consulté son conseil d’administration, a signifié  le 11 avril 2019 à l’éditeur Elsevier son accord de principe pour une licence nationale 2019-2022 couvrant plusieurs ressources : les revues de la Freedom complete collection , la Bibliothèque médicale française , les revues Cell Press  et un certain nombre de revues souscrites en titre-à-titre par quelques établissements. Le contenu de ce courrier a été communiqué à l’ensemble des établissements membres du consortium. Il a par ailleurs été rendu public sur un blog, à l’encontre des principes de la charte de l’adhérent de Couperin.org.

 Une lettre d’accord constitue une étape  intermédiaire de la négociation et n’a pas vocation à être publiée car provisoire : la négociation se poursuit par la rédaction d’un protocole d’accord qui précise  et peut faire évoluer les éléments de la proposition. Le protocole, signé par les différentes parties (Couperin.org, l’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur (ABES), qui portera le marché de licence nationale, et l’éditeur ), donnera lieu à un marché négocié reposant sur un groupement de commandes qui engagera juridiquement l’ABES et les établissements.

 Le contenu de la lettre d’accord ayant été rendu public, nous considérons utile d’apporter  des éléments de contextualisation et d’explication que l a lettre n’intègre pas de façon détaillée. Cette publication a entraîné l’expression publique d’ observations critiques, nous souhaitons y apporter des réponses.

ELABORATION DES OBJECTIFS DE LA NEGOCIATION ET MANDAT AUX NEGOCIATEURS

Les différentes orientations possibles pour la négociation ont été présentées en assemblée générale et communiquées aux membres en novembre 2017 ; une enquête a permis de recueillir le positionnement des établissements sur les différentes orientations et sur les priorités de négociation. Plusieurs points faisaient l’objet d’un consensus quasi général  : souhait de renouveler une négociation collective pour l’ensemble des établissements en maintenant les acquis des précédents accords, nécessité absolue de faire baisser le coût d’achat des ressources, volonté de ne pas avoir d’accord  si ces principaux objectifs n’étaient pas atteints.

La dimension open access  constituait une question à intégrer fortement à la négociation. Plusieurs options étaient possibles pour intégrer cette dimension dont celle d’adopter une négociation accord transformant  (voir encadré). Lors de l’enquête, la position d es établissements français est apparue très partagée entre les universités majoritairement favorables à ce type d’accord et les organismes de recherche, majoritairement défavorables.

Un groupe de travail, émanation du Conseil d’administration du consortium, a  étudié différents scenarios et proposé une stratégie de négociation consensuelle.

Accords transformants ou « Publish and Read »

 Les accords transformants constituent un nouveau paradigme de négociation développé en Europe et récemment adopté par plusieurs pays d’Asie et certaines universités d’Amérique du Nord . Ce modèle vise à basculer le budget des abonnements vers un modèle de financement de la publication en amont, pour que les articles soient publiés nativement enopen access , accessibles immédiatement à tous dans le monde entier. Ce type d’accord s’inscrit dans le cadre de l’initiative OA2020, qui vise à engager un processus général de transformation de l’édition scientifique vers un modèle totalement ouvert et, à terme, moins onéreux que le système actuel. Aucun accord sur la base de ce nouveau modèle n’avait pu être signé jusqu’à récemment avec l’éditeur Elsevier. La négociation allemande s’est soldée par un échec des négociations avec une coupure des accès en juillet 2018. Depuis, un premier accord transformant a été signé avec Elsevier par le consortium norvégien UNIT.

Les objectifs de la négociation ont été définis en juillet 2018 et adoptés par le CA.

Ces objectifs étaient, outre la dimension tarifaire et l’élargissement du  périmètre des contenus à d’ autres ressources importantes de l’éditeur , l’adoption d’un volet «  Open Access » d’une double nature  :

  intégrer dans la négociation un dispositif permettant l’alimentation d es archives ouvertes en manuscrits auteurs acceptés le plus rapidement possible après la publication (volet vert)

  encadrer les dépenses d’APC dans les revues hybrides et open access  en obtenant une remise sur leur tarif

Ces objectifs ont été communiqués à l’ensemble des établissements par courriel le 18 septembre 2018.  A cette étape du processus, aucune remarque négative des établissements n’a été communiquée à Couperin.

 Le contexte général en France et en Europe a fortement évolué en parallèle de la négociation. Plusieurs événements peuvent être cités : en France la publication du plan national pour la science ouverte, en Europe l’adoption d’une nouvelle politique des financeurs de la recherche avec le Plan S. Cette évolution a facilité une meilleure prise de conscience par les gouvernances des établissements de l’importance des enjeux  de la communication scientifique et des relations avec les éditeurs scientifiques.

RESULTATS DE LA NEGOCIATION

Les acquis de la négociation, basée sur un modèle d’abonnement classique,  sont substantiels au regard de ce que d’autres consortium s ont obtenu dans le monde. Les négociateurs ont bien conscience que les résultats peuvent ne pas répondre entièrement aux souhaits de l’ensemble des établissements et des communautés scientifiques, au demeurant d’avis parfois divergents

Cependant, l’obtention d’un accord résulte toujours d’un consensus entre les deux parties. Le principe même d’une négociation est d’ aller le plus loin possible et d’évaluer ce que l’autre partie peut céder pour enrichir les acquis. Dans cette négociation, l’enrichissement a porté, par exemple, sur l’acquisition des contenus  2002-2012 pour la plateforme ISTEX.

A chaque étape essentielle de la négociation, un bilan a été communiqué à l’ensemble des établissements . Le conseil d’administration ainsi que le Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation  ont été les instances de décision.

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TARIFS : UNE BAISSE CONTINUE AU COURS DE L’ ACCORD

 Concernant la dimension tarifaire, l’accord se traduit par une baisse continue aboutissant à une baisse de 13,3 1% au terme de l’accord. Le premier groupement de commandes avec Elsevier date de 2001, après 12 années d’augmentation des tarifs, la première licence nationale 2014-2018 a permis d’obtenir une stabilité des tarifs sur 5 ans, le nouvel accord permet d’engager la décroissance des coûts. Cet accord permet de revenir aux tarifs de l’année 2009 en 2022 avec des contenus et des droits plus étendus.

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UNE OFFRE DOCUMENTAIRE ELARGIE, VALEUR INESTIMABLE POUR LA COMMUNAUTE MEDICALE

L’accord  porte sur un portefeuille de ressources étendu aux revues de la Bibliothèque médicale française  qui seront accessibles à tous, et aux revues de la collection Cell Press  accessibles aux abonnés spécifiques. Jusqu’alors ces ressources faisaient l’objet d’abonnements supplémentaires à des ta rifs augmentés chaque année (4 à 4.5%).

La ressource ainsi constituée est d’un intérêt de tout premier ordre pour la communauté médicale  : les centres hospitaliers de tout le territoire pourront accéder à un ensemble considérable de revues de recherche et de clinique et seront en mesure de proposer à leurs praticiens une offre documentaire comparable à celle des universités de recherche, et pour un coût diminué.

Une telle mesure est d’une valeur incomparable pour tous les centres hospitaliers situés en dehors des villes universitaires, pour leurs praticiens et pour leurs patients.

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UN ACCORD COUVRANT L’ESR FRANÇAIS

Le périmètre de l’accord est une licence nationale, ce dispositif a permis d epuis 2014 d’offrir un accès très large permettant de couvrir pratiquement l’intégralité des établissements ayant une mission d’enseignement supérieur ou de recherche ainsi que de nombreux établissements hospitaliers. Nous avons pleinement envisagé la possibilité d’ajustement s marginaux en sortie ainsi que la possibilité d’entrée de nouveaux membres tout au long de l’accord  ; néanmoins, l’intérêt de l’accord est aussi de garantir une couverture d’envergure nationale, d’autant plus que l’accord porte sur une acquisition définitive des contenus.

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DUREE ET ENCADREMENT

L’accord  est de 4 ans, alors que le mandat prévoyait un accord de 3 ans : il s’agit d’une concession faite pour obtenir de meilleures conditions. Tout un ensemble de clauses d’encadrement permet de prendre en compte , en grande partie, les évolutions susceptibles de survenir dans les prochaines années dans le paysage de l’édition scientifique mondiale .

Afin de garantir que les contenus acquis, les plus pertinents et utiles pour les communautés de recherche soient stables, une sélection de 1000 titres essentiels, dits titres phares, a été opérée. Tout au long du contrat le volume annuel d’articles sous abonnement dans les revues phares doit être au minimum stable. En cas de fort développement des publications en open access dans les revues hybrides d’Elsevier ou en cas  de scission de revues entrainant une baisse des articles publiés uniquement sous abonnement, un système de pénalités financières est déclenché et calculé sur les trois premières années du contrat.

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VOLET GOLD OPEN ACCESS : REMISE DE 25 % SUR LE COUT PUBLIC DES APC

 Les points négociés portent sur le tarif des APC et leur évolution, le pilotage de la dépense en APC par les établissements et la prise en compte des effets du développement de la publication en open access  dans les revues hybrides diffusées par l’éditeur.

 La remise sur le tarif public des APC des revues hybrides et full open access , à l’exception d’un certain nombre de titres , est de 25%. Cette remise s’applique pour tous les articles dont les APC ont été payés par une institution membre de l’accord avec effet au 1er  janvier 2019. Une clause compensatoire en cas d’augmentation du tarif public des APC au -delàde 3,5% est instaurée. Le tarif des APC n’est pas bloqué, il est encadré.

La mise en place d’un tableau de bord par établissement et d’un tabl eau de bord national pour suivre les demandes de financement des publications permettra aux institutions de connaître et de piloter leur dépense. Chaque établissement désignera un référent qui validera les demandes des auteurs qui soumissionnent pour une publication en OA avec paiement d’APC  à tarif remisé.

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VOLET GREEN OPEN ACCESS

Les points négociés dans le cadre de l’accord visent à permettre un signalement exhaustif de la production  scientifique française dans les revues d’Elsevier via l’accès aux manusc rits auteur acceptés (MAA). La démarche peut paraître originale par rapport à l’approche d es pays engagés ou qui s’engagent  dans des accords transformants. Elle correspond à une stratégie de promotion de l’open access  au travers des archives ouvertes, politique soutenue également dans d’autres pays d’Europe

 Le dispositif négocié permet de récupérer les « manuscrits auteur acceptés » (MAA) des articles des auteurs correspondants français auprès de l’éditeur . Il n’a pas vocation à se substituer au dépôt par l’auteur, qui dispose d’un droit d’exploitation secondaire sur ses écrits scientifiques depuis la promulgation de la Loi pour une République numérique, et peut à ce titre continuer à déposer son manuscrit auteur.

Le dispositif devrait garantir une complétude des archives institutionnelles au terme des 24 mois.

Le dispositif mis en place revêt un caractère expérimental et reste optionnel, son activation relève du choix de chaque institution, permettant ainsi à chacun de ne pas être en porte à faux avec la politique de développement de l’archive ouverte institutionnelle menée localement. Ce dispositif est un pilote expérimental tout au long du présent accord et fera l’objet d’une évaluation continue.

Les quelques critiques qui ont été formulées sur l’accord  portent sur la phase intermédiaire qui débute 12 mois après la publication, à cette date les manuscrits auteurs seront accessibles sur une plateforme de visualisation d’Elsevier . Nous travaillons avec l’éditeur pour que la plateforme HAL et cette plateforme de visualisation ne soient liées que par des liens hypertexte ou de résolution, préservant l’intégrité complète de chaque plateforme, comme cela est  déjà le cas lorsque qu’une notice de HAL pointe vers la version éditeur d’un article  sur la plateforme de ce dernier via le DOI.

La question des licences d’usage associées aux différentes ressources  : métadonnées, manuscrits sur le site Elsevier et manuscrits dans HAL fait l’objet de discussions et d’approfondissements . Nous privilégions des licences les plus ouvertes possibles dès lors que les contenus sont dans des plateformes publiques, et dans tous les cas des licences standard comme les licences Creative Commons. Sur ces points, l’éditeur fait preuve d’ouverture pour répondre au mieux à nos attentes, tout en ayant la volonté de se protéger d’autres acteurs économiques  tels que Researchgate .

L’objectif du volet vert est bien de diffuser tous les manuscrits dans les archives ouvertes au plus tard 24 mois après la publication, de pouvoir les lire et d’accéder  aux contenus des articles dès 12 mois sur la plateforme de visualisation et de disposer des métadonnées de signalement dès publication.

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AUTRES ACQUIS

 L’accord, avec son volet d’enrichissement du corpus ISTEX permet d’actualiser la collection des revues d’Elsevier déjà présentes dans la plateforme.

Enfin, les acquis du précédent contrat sont maintenus : il s’agit notamment du droit d’archivage des contenus, des collections papier à des fins de conservation, de la possibilité de faire du TDM sur les contenus.

Paris, le 11 juin 2019,

Contacts :

 Lise Dumasy, présidente de Couperin.org

lise.dumasy@univ-grenoble-alpes.fr

 Grégory Colcanap, coordonnateur de Couperin.org

gregory.colcanap@univ-evry.fr

AOI

En consultant cet article posté 4 ans plus tôt, je me rends compte que ce constat est toujours valide.

En effet, l’annonce de l’archive HAL comme « bibliographie officielle », n’a pas l’effet d’une obligation claire et nette. Le taux de dépôt oscille entre 20 et 30% comme annoncé dans l’article cité.

Certaines universités commencent à mettre en place un système disant que toute décision budgétaire et/ou d’avancement de carrière sera évalué exclusivement à partir des documents déposés dans l’archive ouverte institutionnelle. Cela ressemble bigrement au modèle liégeois avec ORBI pour les moyens financiers dès 2007 et pour les évolutions de carrière en 2014…

Neil Young – Rockin’ In The Free World

Rockin’ in the Free World / Neil Young

There’s colors on the street
Red, white and blue
People shufflin’ their feet
People sleepin’ in their shoes

But there’s a warnin’ sign
On the road ahead
There’s a lot of people sayin’
We’d be better off dead

Don’t feel like Satan
But I am to them
So I try to forget it
Anyway I can

Keep on rockin’ in the free world
Keep on rockin’ in the free world
Keep on rockin’ in the free world
Keep on rockin’ in the free world

I see a woman in the night
With a baby in her hand
Under an old street light
Near a garbage can

Now she puts the kid away
And she’s gone to get a hit
She hates her life
And what she’s done to it

There’s one more kid
That will never go to school
Never get to fall in love
Never get to be cool

Keep on rockin’ in the free world
Keep on…

Archive ouverte institutionnelle

Actuellement de nombreuses universités s’embarquent dans un projet d’archive ouverte institutionnelle.

Quels choix ?

Le choix de l’outil est finalement secondaire. Ce qui va faire la décision, c’est la politique qui va être appliquée en accompagnement du dépôt.

Si on dispose d’un mandat qui impose le dépôt (cf Orbi ou Orbi.Lu), le réservoir institutionnel a un sens et va fonctionner.

Si on ne dispose pas d’un mandat « fort », il est inutile de se bercer d’illusions. Les dépôts se feront en faible partie dans l’archive, mais aussi dans des réservoirs nationaux, internationaux, universitaires, commerciaux… Dans ce cas, il est préférable de songer à mettre en place un outil capable de moissonner et/ou d’intégrer les métadonnées provenant de divers réservoirs.

Je développerai ces éléments ultérieurement 🙂

VDM Verlag

Mise en garde : VDM Verlag ou Éditions universitaires européennes

Chère Madame,

En recherchant des travaux académiques répertoriés par des bibliothèques en ligne, j’ai trouvé une mention de votre travail universitaire s’intitulant: «XXX».

Les Éditions Universitaires Européennes se spécialisent dans la publication de thèses et de mémoires de fin d’études. Ainsi, nous pensons que le thème de votre travail pourrait s’inscrire dans notre ligne éditoriale.

Je serais donc très heureuse si vous pouviez nous faire connaître votre intérêt pour une publication gratuite de votre travail et nous faire parvenir votre adresse électronique afin que nous puissions vous envoyer de plus amples informations.

Au plaisir de vous lire.
Sincères salutations,
Véronique Mercier
Lectorat
ÉDITIONS UNIVERSITAIRES EUROPÉENNES

Peut-être avez-vous déjà reçu ce courriel, peut-être même y avez-vous répondu avec empressement. Des milliers de chercheurs québécois avaient été contacté au printemps 2010 par les éditions VDM Verlag ou les Éditions universitaires européennes (la compagnie opère sous plusieurs noms différents). Certains de nos auteurs nous ont informé avoir subi la même pratique dernièrement. Aussi, nous tenons à vous mettre à garde contre le modèle d’affaire de cette « maison d’édition ».

Comment la compagnie opère-t-elle ?
Des travailleurs de la Moldavie et de l’Île Maurice récupèrent des informations par le biais des bases de données de thèses et mémoires disponibles au format numérique sur les sites des bibliothèques universitaires. Ils utilisent ces données pour contacter massivement par courriel des chercheurs pour leur offrir un contrat des plus intéressants : publier leur thèse dans un délai très court, sans frais, avec une redevance sur les ventes et l’obtention d’une copie papier gratuite. Le problème (car vous vous doutiez que tout était trop beau pour être vrai) est que le manuscrit n’est soumis à aucune forme de révision ou d’arbitrage : tous les travaux sont acceptés. Le livre est mis en vente sur des sites comme Amazon à un prix exorbitant (plus de 120 $ en général) et n’est imprimé que sur demande.

 À qui sont versés les profits ?
VDM Verlag ne paie pas de redevances aux auteurs lorsqu’elles sont inférieures à 10 euros par mois. La quasi-totalité des auteurs perdent donc leurs menus profits au bénéfice de la compagnie. Quand on pense à la dizaine de milliers de titres du catalogue de la maison d’édition, on imagine de quel ordre peut être le profit engrangé par VDM Verlag. D’autant plus que les auteurs pour lesquels leur livre leur rapporte entre 10 et 50 euros par mois ne reçoivent pas non plus d’argent, mais plutôt une compensation sous forme de coupon à échanger pour des livres produits par la maison.

Est-ce une fraude ?
Ce modèle d’affaire n’est pas une fraude en soi. Par contre, le fait de publier chez VDM Verlag peut entacher le curriculum vitae d’un chercheur, vu les pratiques non orthodoxes de la maison d’édition. Aussi, nous vous suggérons de bien choisir votre éditeur au moment de publier vos travaux. Il existe également d’autres moyens de diffuser vos écrits sans passer par un processus d’édition universitaire, comme un système d’archives ouvertes comme Érudit. Soyez vigilants !

Merci à Dimitri della Faille du Département de travail social et des sciences sociales de l’Université du Québec à Montréal qui a rédigé la mise en garde à l’origine de cet article.

url : http://www.puq.ca/blogue/2011/05/mise-en-garde-vdm-verlag-ou-editions-universitaires-europeennes/

Le minitel…

Je viens de retrouver un texte publié le jour où l’accès au minitel a été définitivement coupé en France. Je n’ai pas retrouvé l’auteur de ce texte, s’il se reconnait qu’il n’hésite pas à me le faire savoir.

Ce 30 juin 2012, France Telecom a décidé de fermer définitivement l’accès au Minitel : dans les jeunes générations, personne ne sait ce que ce truc là a représenté, bien avant l’accès généralisé à l’Internet et au Web, car c’était l’une de ces magnifiques trouvailles technologiques franco-françaises sans aucun avenir.

   En lui-même, au sens technique strict, le Minitel n’était rien de plus qu’un terminal informatique passif limité à la connexion à un service uniquement franco-français dénommé « Télétel » de « videotext », c’est-à-dire d’un texte en mode caractères s’affichant sur ce petit écran rudimentaire (les fameuses 25 lignes sur 40 colonnes), qui fit fureur dans les deux décennies 1980 et 1990, juste avant la généralisation de l’Internet. Le système empruntait tout bêtement les lignes ordinaires du téléphone, dont le débit, si ma mémoire est bonne, était limité à 75bits/sec. en émission pour 1200 bit/sec en réception si bien que l’utilisateur voyait – avec émerveillement – les caractères se dessiner un à un sur son écran.

   Jamais avare de chantiers publics dispendieux, le gouvernement français imposa le minitel en le distribuant gratuitement à toute personne renonçant à son exemplaire papier gratuit de l’annuaire téléphonique départemental, ce qui constituait de surcroît l’un de ces arguments écologiques dont la roublardise n’a d’égale que la flagornerie, si répandus aujourd’hui.

   Pour certains collègues (dont mon humble personne), cet appareil entraîna une véritable révolution professionnelle : en effet, les différents ministères furent sommés de s’en servir pour promouvoir tout un tas d’applications professionnelles s’émancipant du courrier physique et du papier : une aubaine pour les bibliothèques. La jeune garde des bibliothèques s’engouffra dans la brèche pour promouvoir la mise en ligne – au moins en usage professionnel, l’usage public viendrait dans un deuxième temps – des catalogues indispensables dans la vie des bibliothèques. C’est ainsi que fut mis en route, en 1983, le CCN-PS, le catalogue collectif national des publications en série (journaux, revues etc), organisé en centre régionaux de saisie des collections détenues localement. Une épopée !

   Ceci étant, comme tant d’autres, je n’eus pas longtemps à me servir d’un terminal Minitel, car les premiers ordinateurs personnels de marque Atari furent rapidement flanqués d’un « émulateur Minitel » qui permettait de travailler normalement sur un ordinateur et de ne recourir qu’à la connexion sur le réseau pour la transmission des données, via le réseau dénommé Transpac (là encore, toute une histoire !). C’était l’époque où il fallait saisir le texte en entrant manuellement le code ASCII des caractères accentués précédé d’un anti-slash, genre 215e pour le « é » si ma mémoire est bonne.

Pour accéder à ces services, il fallait composer le 3613 (prononcer « trente-six treize », communication payée par le service appelé), le 3614 (communication payée par l’utilisateur appelant) ou encore le célèbre 3615 (prononcer « trente-six quinze »), le « kiosque » qui devint l’un des synonymes de « minitel » dans le langage courant. Sans oublier le 3611 toujours dédié à l’annuaire téléphonique… et le 3617 CCN pour l’accès au CCN-PS ! (dans le même genre, il y eut aussi « téléthèses » et le « pancatalogue »).

   Dans les années 1984-1988, le minitel s’ouvre aux « messageries » de toute nature, dont la « messagerie rose » qui allait faire fureur en englobant les sites dits de « rencontre-relation » plus ou moins innocents, versant plutôt dans le racolage voire la prostitution. Dans le monde professionnel, surtout dans la fonction publique, ce développement de la messagerie prit une grande ampleur : le travail sur les notices des catalogues de bibliothèque s’accompagna ainsi d’une messagerie permettant de formuler toute sorte d’objections et/ou de vitupérations sur la façon de cataloguer des collègues, délicieux sujet de polémiques sans fin. Dans le secteur commercial, les chaînes de vente par correspondance comprirent rapidement elles aussi tout l’intérêt de ces catalogues en ligne ; la SNCF pensa même à diffuser ainsi ses horaires, c’est dire si l’emprise de ce petit bidule fut énorme !

   Durant toute cette période, le gouvernement français poursuivit la distribution gratuite du terminal « Minitel » à toute personne renonçant à son exemplaire papier de l’annuaire départemental. En 1985, environ un million de terminaux Minitel sont implantés dans les foyers, générant environ un million d’heures de connexion par mois ; en 2000, le terminal Minitel (à l’esthétique toujours aussi stalinienne, pur produit de la proverbiale fantaisie des ingénieurs) décore environ 9 millions d’habitations, pour environ 25 millions d’utilisateurs adeptes de sa célèbre prise gigogne en « T ». Il paraît que les gouvernements successifs dépensèrent environ 8 milliards de francs français dans cette magnifique invention qui rappelle au choix l’échec du format SECAM de la télévision en couleurs ou de l’avion supersonique Concorde dans le transport aérien.

   Le succès du Minitel français fit des envieux. Les collègues allemands de Freiburg-im-Breisgau en parlaient souvent, car leur gouvernement n’avait mis au point qu’une pâle copie fort coûteuse sous le nom de « Bildschirmtext » (textuellement : texte sur écran) et la municipalité de Freiburg fit des pieds et des mains pour être raccordée au minitel français !

   A partir du moment où les connexions à Internet supplantèrent (dans les années 1990) le recours au Minitel, les spécialistes s’affrontèrent en débats aussi longs que stériles pour établir si oui ou non le gouffre financier dénommé minitel avait au moins eu le mérite de familiariser la population gauloise à la télématique : cette querelle byzantine est toujours en cours, vous pouvez y participer si vous avez le cheveu grisonnant